1 600 000 exploitations agricoles en France en 1970. Moins de 550 000 en 2009 soit près de 30 000 disparitions par an. Un phénomène qui s’est accéléré ces dix dernières années : beaucoup de départ en retraite (effet « papy-boom »); des politiques agricoles nationales et européennes orientées vers les grandes exploitations (80% des aides ou subventions vont à 20% des exploitations); une logique productiviste toujours actuelle avec ses concentrations de productions et sa course à l’agrandissement; plusieurs crises sanitaires et écologiques entamant la confiance des dits consommateurs et un métier qui, déjà rude et contraignant, est de moins en moins valorisant. Hors du contexte familial, une reprise est rendue quasiment impossible. Ces femmes et ces hommes ne doivent plus être des paysans mais des opérateurs ou des chefs d’entreprises de plus en plus compétitifs dans un marché mondialisé tenant peu compte des spécificités et des besoins de chaque pays (en particulier les pays dits "du sud").
Cette disparition d’un grand nombre de paysans pourrait remettre en cause non seulement la diversité et la qualité de notre alimentation (le constat, déjà d’actualité, d’une alimentation à plusieurs vitesses s’amplifierait encore), l’entretien et la préservation de nos ressources naturelles (car elles appartiennent avant tout aux générations futures) mais également l’aménagement et l’occupation du territoire (sans compter les effets néfastes en termes d’emplois).
A travers ces portraits, ces hommes et ces femmes nous accueillent dans leur lieu de vie et témoignent ainsi en tant qu’individu, à l’intérieur d’une cellule familiale ou chacun(e) cultive sa propre sensibilité. Ils attestent à leur manière de leur choix de vie et de leur volonté de vivre décemment de leur métier. Moi même fils de paysans, je souhaite ainsi rendre compte des diverses sensibilités de ces familles (l’image du paysan étant toujours réduit à une caricature), participer à rappeler qu’ils sont garants de savoir-faire spécifiques (très différents d’une région à l’autre) et qu’ils sont notre premier lien avec la terre.